START (ME) UP #1 - "Avec PHENIX, tout se transforme"

Phenix mène la fronde contre le gaspillage alimentaire. Non pas contre, mais avec les entreprises, les grands distributeurs. La Start-up est en finale de l'appel à projet "La France s'engage", lancé depuis l'Elysée via le réseau MakeSense, récompensant les projets les plus porteurs en matière d'innovation sociale. Entretien avec l'un des co-founders, Jean Moreau.

ENTRETIEN AVEC JEAN MOREAU, co-Founder de phenix


Louis HAMELIN : Jean MOREAU, vous êtes le co-fondateur de Phenix. En créant Phenix, vous proposez aux entreprises de lutter contre le gaspillage, en redonnant une seconde vie à leurs produits. Comment Phenix accompagne les entreprises, concrètement ? 


Jean MOREAUPHENIX contribue à la réduction du gaspillage et à la transition vers une économie circulaire, où la notion de déchet est appelée à disparaître progressivement. Notre structure a pour mission de favoriser la 2è vie des produits, alimentaires et non alimentaires, à destination notamment des acteurs associatifs. Nous accompagnons ainsi nos clients professionnels (grande distribution, industriels, traiteurs, agences événementielles, …) dans la gestion de leurs invendus grâce à une plateforme web et à une gamme de services complète.

LH  : Comment fonctionne le système ? 


JM  : Avec PHENIX, « Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. »  Le fonctionnement ? Notre équipe agit comme des alchimistes, qui transforment, via une application et des solutions logistiques, les surplus et déchets en or :

  • en don aux associations caritatives quand il s’agit de produits consommables ou non-alimentaires,
  • en nourriture animale quand le produit est impropre à la consommation humaine,
  • en revente à des déstockeurs,      
  • en compost ou méthanisation grâce à nos partenaires.

Nous sommes donc des créateurs de filières de revalorisation, pour des produits qui, jusqu’à présent, partaient majoritairement en destruction.

Ce rôle d’intermédiation et d’accompagnement passe par un réseau physique et des solutions collaboratives, ainsi que par une plateforme numérique connectant en temps réel offre et demande de surplus.

 

LH : Comment en vient-on à cette idée ? Est-ce que vous vous intéressiez à l’économie circulaire à la base ?


JM
  : Initialement notre intuition concernait le gaspillage au niveau du consommateur final, avec un projet plus orienté ‘BtoC’. Nous avions co-fondé avec un troisième associé une 1ère start-up sur des sujets similaires, mais pour toute une série de raisons nous avons décidé au bout de quelques mois de repartir tous les deux sur d’autres bases.

Ce projet est donc notre seconde expérience dans l’univers des eco-startups, et part d’un constat de terrain : proposer un service adapté aux besoins des acteurs du secteur, dans l’objectif de les accompagner au mieux dans la gestion de leurs invendus et déchets, pour participer à la transition progressive vers un modèle d’économie circulaire où les excédents des uns deviennent la matière première des autres. Le développement du projet a également été porté par un contexte sociétal, législatif et économique favorable à la réduction du gaspillage et à la transition vers de nouveaux modes de consommation, plus collaboratifs, plus responsables et plus solidaires.

 

LH :  La crise a-t-elle été un booster ?


JM   : En partie oui, puisque nous aidons aussi nos clients à récupérer des points de marge, dans un contexte économique difficile.

Notre développement a aussi et surtout été favorisé par un contexte médiatique, sociétal et réglementaire favorable. Depuis le mois de mars 2016, la lutte contre le gaspillage alimentaire est désormais inscrite dans les textes, via la Loi Transition Énergétique, reprenant une partie du travail du député Guillaume Garot, rédacteur d’un rapport sur le sujet, et celui d’autres élus comme Arash Derambarsh ou Jean-Pierre Decool. Cette tendance de fonds, couplée au travail de notre équipe, nous a offert une belle traction commerciale, avec plusieurs enseignes de la Grande Distribution, amplifiée par une série de prix et distinctions que nous avons eu l’honneur de recevoir dernièrement.

LH :  Quels sont les métiers que l’on retrouve dans votre start-up ?


JM  : Nous avons des chargé(e)s de développement commercial, des chefs de projets opérationnels, des chargés de relation avec les associations, des développeurs web et mobile, et toutes les fonctions support classiques d’une boîte (RH, compta, communication, …). 

 

LH :  Le big data et le numérique peuvent-ils vraiment révolutionner nos consommations ? 


JM
  : Oui le potentiel est considérable, mais il ne faut toutefois pas surestimer la puissance du numérique et d’une plateforme pour traiter les sujets de gaspillage et de réemploi sur lesquels nous agissons. Notre précieuse expérience du terrain nous démontre qu’une plateforme et une application mobile aident grandement à la diffusion de l’information quant à la disponibilité des produits, etc, mais ne pourront totalement remplacer un travail de terrain, de coordination logistique, de constitution et d’allocation des lots d’invendus, de coordination des collectes sur site, de signature des bons d’enlèvement et des bordereaux de suivi, et de prise de photos pour la traçabilité et la communication post-opérations. Le digital aide à la fluidification des processus et permet des gains de productivité substantiels, mais l’intervention humaine et logistique sur site, la sensibilisation en amont des équipes, demeure clé, a minima durant la phase d’amorçage. Le numérique est ensuite l’outil qui prend le relais pour permettre la « scalabilité » du modèle, et pour réussir le changement d’échelle.

 

LH : Quelles sont des difficultés que l’on rencontre quand on se lance dans l’aventure «Start-up » ?


JM  : Un paquet : ascenseur émotionnel, résistance au changement et à l’innovation dans les grands groupes, cycles de vente super longs en BtoB, émergence de la concurrence, …

Puis ensuite : changement d’échelle, structuration, gestion d’équipe, dont certaines à distance, gestion de la trésorerie et arbitrage dans la politique d’investissements …


 

LH : Mettre en place ce type de service passe nécessairement par un appui de lois ? Le système français est-il bien pourvu ? 


JM  : Oui. il existe un système fiscal incitatif sur le don en nature, mais qui mériterait d’être clarifié et pérennisé.

Le contexte réglementaire a déjà été évoqué précédemment, et va dans la bonne direction également, même s’il n’est pas à ce stade réellement contraignant.


LH : Combien coûtent vos services et comment gagnez-vous de l’argent ?


JM  : Nous avons fait le choix d’un modèle de rémunération au succès, où nous prélevons une commission sur l’argent que nous faisons économiser à nos clients sur le coût des déchets et la fiscalité.

C’est un modèle « gagnant-gagnant » qui permet d’aligner les intérêts. Et donc de convaincre plus rapidement.

 

LH : Est-ce que les fabricants des produits non-alimentaires ont-ils réellement pris conscience de la mauvaise gestion des ressources et de leur devoir d’exemplarité ? (production, distribution, cycle de vie des produits…)

 

JM  : Pas encore suffisamment, mais on est là pour les y aider.

En tous les cas c’est une bonne question, car on a souvent tendance à réduire la problématique du gaspillage et des invendus à sa dimension alimentaire. Or il existe les mêmes sujets sur des produits non-alimentaires comme des pots de peinture cabossés, de la saisonnalité sur des collections textile, des fins de série sur des jouets, du mobilier de bureau en fin de vie, … 

 

LH : Peut-on rêver de la fin de l’obsolescence programmée ? Est-ce que vous échangez avec les fabricants dans ce sens ?


JM  : On en rêve tous ! Ce n’est pas notre cœur de métier mais on soutient l’association HOP (Halte à l’Obsolescence Programmée) qui s’est créée dernièrement spécifiquement sur ces sujets.      

 

LH : Jean, avant de vous lancer dans Phenix, vous travailliez dans la Banque d’Affaires. En quoi votre passé de « financier » vous aide dans votre métier ?


JM
  : Bien sûr ! C’était une super formation : en termes d’exigence, de professionnalisme, de puissance de travail, et de compétences financières. C’est aussi un beau label et une carte de visite qui rend crédible en rdv.

 

LH : Est-ce que vous cherchez des entreprises, des investisseurs pour soutenir votre développement ? Dans quoi spécifiquement ?

 

JM  : Comme toute entreprise nous recherchons en permanence de nouveaux clients. En revanche nous ne cherchons pas actuellement de fonds : nous avons bouclé deux tours de table pour un montant de 2,5M€ et sommes en ce moment dans une phase de consolidation, après avoir lancé une phase d’expansion et de conquête.

 

LH : Le cliché le plus « start-up » chez Phenix ? 

 

JM  : Le plus cliché : Le fameux babyfoot dans les bureaux, bien sûr !

Et la fierté d’avoir mis en place une politique #ZéroDéchet exemplaire of course !

 

LH : En 2016, 2 millions d’€ de CA, 50 salariés…Quel est le sens que vous aimeriez donner à Phenix demain ?

 

JM  : Faire de PHENIX un champion européen, et porter loin cette initiative française pionnière, en devant LA marketplace de référence sur les invendus en BtoB.

 

LH : L’expression qui définit le mieux Phenix ?

 

JM  : « Rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. (Lavoisier)»

 

LH : Avant de conclure cette interview, un conseil pour les entrepreneurs en herbe ?

 

JM  : Privilégiez la qualité d’exécution plutôt que l’idée !

Et un 2ème conseil, en image :

 

Merci Jean d'avoir accepté cette interview. Plus d'infos (et d'actions en régions) sur www.wearephenix.com 

Propos recueillis par Louis Hamelin. 


Écrire commentaire

Commentaires : 0