START (ME) UP #3 - SUPERMEAT : DE LA VRAIE BONNE VIANDE SANS TUER UN SEUL ANIMAL !

Faire de la vraie « bonne » viande, sans tuer un seul animal ! C’est le pari – fou mais aussi juteux qu’un bon steak – que s’est lancé une jeune start-up, installée en Israël, SuperMeat. Après avoir levé 200 000 $ en crowdfunding, elle travaille actuellement sur son procédé de fabrication. Alors, de la « SuperViande », créée en machine, pour notre propre consommation ? Idéologique, c’est certain. Mais réaliste ? Allez, à table…    

 

ENTRETIEN AVEC SHIR FRIEDMAN, DIRECTRICE DU MARKETING et AMBASSADRICE DE SUPERMEAT

 Louis Hamelin : SuperMeat est un groupe de recherche basé en Israël, qui fait le pari de produire de la viande sans tuer un seul animal. Comment ? Quel est le procédé magique ?
Shir Friedman : SuperMeat va, à partir d’une seule biopsie prélevée sur un poulet, mettre les cellules en culture pour former le muscle et les tissus gras que nous connaissons  sous l’appellation de viande que nous mangeons aujourd’hui. C’est une technologie qui a été développée auparavant par un de co-fondateurs de SuperMeat : le professeur Yaakov Nahmias.

 

 
LH : Qu’est-ce qui vous guide depuis votre lancement ? Répondre à des besoins alimentaires toujours plus grands ? Une conscience écologique ?
SF : SuperMeat est une start-up idéologique, qui s’est spécialisée sur comment créer de la viande d’une manière différente…Pour éliminer la souffrance animale ainsi que les terribles implications de l’industrie de la viande sur l’environnement et la santé publique.

 

 
LH : Ne pensez-vous pas qu’inconsciemment, dans l’esprit des consommateurs, la viande soit meilleure si elle est directement issue d’un animal vivant ?
SF : Il est important de souligner que manger de la “SuperViande” (SuperMeat) revient à manger de la viande provenant d’un animal vivant. Grâce à la biopsie, tout simplement. Toutes les nouvelles technologies paraissent bizarres au début. Avant la création d’internet, la plupart des gens n’avaient pas besoin d’internet. Mais nous ne pouvons continuer à produire de la viande de la façon dont nous le faisons aujourd’hui : 18% des émissions de gaz à effet de serre proviennent de l’élevage destine à la viande. 90% de la déforestation de l’Amazonie est due à l’industrie de la viande. Cette même industrie qui utilise 1/3 de nos ressources en eau douce. C’est la principale cause d’extinction des espèces animales. Cela ne peut plus continuer ainsi. Finalement, nous nous retrouverons face à un choix : Ne plus manger de viande du tout, ou se convertir à manger de la viande saine.

 

 

LH : Shir Friedman, est-ce qu’on peut vous reprocher le manque d’authenticité de vos produits ? (absence de gras, nerfs, sang si importants pour le goût des carnivores) Que répondez-vous à ça ?
SF : A cette question essentielle, je répondrais que nos produits contiendront tout le nécessaire pour conserver le goût charnu original : les muscles, la graisse, les vaisseaux sanguins et peut-être même les os.

 

 

LH : Le goût, la saveur sont-ils préservés ? Comment travaillez-vous là-dessus?
SF : Le goût sera exactement identique puisqu'il proviendra de la même source - l'animal. Comme deux jumeaux biologiques.

 

Comment ça marche ?

"L’avantage, c’est que la viande propre sera moins chère à l’achat"


LH : Shir, Comment votre start-up, SuperMeat gagnera de l’argent demain ? Qu’allez-vous « vendre » concrètement ? Le procédé pour  produire la viande artificiellement ? Les incubateurs qui vont le faire ?
SF :  Nous fournirons une alternative aux grandes firmes industrielles viandaires d’aujourd'hui, pour qu'on puisse créer les mêmes produits sans nuire à la planète, les animaux et sans mettre en danger les consommateurs avec des antibiotiques, des composés d'arsenic, de la salmonelle, etc. Nous fournirons également la machine à « fabriquer » de la viande, qui ressemblera globalement à un petit four. Elle créera votre viande, pour votre consommation. Ces machines équiperont au départ les entreprises, les restaurants mais vous pourrez les retrouver aussi au bas de votre rue, en sortant de chez vous.


LH : Qui seront vos clients ?

SF : Toute personne souhaitant continuer à manger de la viande, mais ne voulant plus faire de mal aux animaux ou à la planète.

Mais quand les compagnies viandaires industrielles utiliseront cette technologie, elles pourront continuer à leur vendre leur propre viande.

LH : Shir Friedman, vous avez lancé une campagne de crowdfunding pour financer votre projet ? Est-ce que ça a marché ? De quoi auriez-vous besoin aujourd’hui pour continuer à vous développer ?
SF : La campagne de crowdfunding a atteint son but (100 000$ récoltés) en une semaine seulement – quand 99% des campagnes n’atteignent jamais à ces chiffres. A ce jour, le financement participatif continue et nous avons atteint les 200 000 $. Cela a eu un succès phénoménal. Ce succès attire les potentiels investisseurs et nous sommes en discussions avec eux. Dans le même temps, nous recrutons le top du top des chercheurs dans le domaine de la culture tissulaire, en espérant commencer la recherche dans 1 mois ou 2.

 

LH : D’où viennent les investisseurs intéressés pour participer à l’aventure SuperMeat ?

SF : Nous sommes en contact avec les investisseurs et bien sûr, nous en cherchons plus. Les investisseurs sont les bienvenus, dans tous les champs de vie. Puisque c’est une Start-up idéologique, certains d’entre eux ne viennent pas du terreau biotechnologique, mais ils croient fortement en notre cause et se tiennent debout derrière nous !

 

LH : Pensez-vous que l’on va aller vers deux marchés de l’alimentaire ? Je m’explique : les plus fortunés pourront aller manger de la viande « originale » très chère, mais produite à faible quantité tandis que la classe moyenne mangera de la viande reconstituée en masse ?

 

SF : C’est assez dur à dire, mais l’avenir ne nous laissera probablement aucun choix. Nous devrons manger de la viande « propre » ou quitter tous ensemble le marché de la viande alimentaire. L’avantage, c’est que la viande propre sera moins chère à l’achat. 

 

 

LH : Que pensez-vous du système de production / distribution mondial actuel ? Comment expliquer les récents scandales alimentaires, sur ces dernières années ? (viande de porc transformée en bœuf en chine, l’affaire « Spanghero »  en France…(viande de cheval non étiquetée)
SF : Ce genre d’affaires arrivent tout le temps et il est malheureux qu’on induise les consommateurs en erreur sur ce qu’ils mangent.

En même temps, la plus grosse supercherie se produit à chaque fois qu’un morceau de viande arrive dans nos cuisines. Les étiquettes nous montrent des animaux heureux, courant dans l’herbe verte alors que c’est loin d’être le cas ! L’industrie viandaire actuelle détruit absolument notre planète et cause des énormes abus sur les animaux.

 

LH : Quel sens revêt l’innovation pour vous ?

SF : L'innovation, c’est comprendre un besoin et prévoir une solution qui n’est pas encore une réalité.


LH : Votre « SuperViande » est un produit du futur, qui pourrait être commercialisé à très grande échelle d’ici quelques années. A quoi d’autres produits du futur rêvez-vous ?
SF : Nous espérons vraiment créer des morceaux de viande « propres » à partir de tous les animaux consommés, pour éliminer complètement l’industrie viandaire actuelle.

 

LH : Quelle phrase résume le mieux SuperMeat ?
SF : De la vraie viande, sans nuire aux animaux !

 

LH : Un dernier conseil, pour les entrepreneurs en herbe qui aimeraient se lancer ?

SF :  Eh bien je dirais que notre planète a plus que jamais besoin de starts-up qui veulent créer un futur meilleur pour tous ici-bas !

 

Merci Shir Friedman d’avoir accepté cet entretien.
Plus d'infos sur SuperMeat ici

Propos recueillis par Louis Hamelin.


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Commentaires : 1
  • #1

    Catherina Mcqueeney (vendredi, 03 février 2017 00:22)


    Touche. Outstanding arguments. Keep up the great effort.